Fallait que ça arrive, c’est arrivé. La dernière escapade diurne dans Ivry-Sur-Seine m’a conduit dans la seule librairie de la ville « Envie de lire ». Chose étonnante, cette boutique serait tenue par le frère du fameux Paco, le caviste dont je vous avais déjà causé.
Je me décide pour un Bloch avec une couverture atroce, un dessin moche d’un gars tout droit sorti des films noirs ricains des années 50, empoignant une blonde au regard mi-effrayé mi-excité. J’ai vu « collection dirigée par François Guérif », j’ai pris. Un bon livre. Avec tout ce que j’aime chez Bloch : les affres psychologiques sont toujours finement utilisés, la narration est fluide et les intrigues plus complexes qu’elles n'en ont l’air.
J’opte ensuite pour un livre neuf : une biographie de James Brown écrite par Stéphane Koecklin, journaliste à Rock and Folk. Je la recommande aux non – initiés (comme moi) pour les autres, aucun intérêt.
Enfin, hésitation face au « Da Vinci Code », je ne l’ai pas lu et veux le faire un jour. Finalement, non. Le snobisme intellectuel a décidément du bon, mon choix se porte sur «Magna Mater» (1994) d’un certain Laurent Fétis, publié chez Fleuve Noir « Angoisses ». Notez le « s » final, cette collection n’a rien à voir avec la collection historique, comme me l’a démontré la lecture du livre. Je vous ferai grâce de l’histoire (non, allez) de cet ancien nazi « doté de connaissances occultes », qui créé/ressuscite une « succube » polynésienne, pour en faire sa fille (forcément chaudasse et meurtrière), afin de détruire le Brésil (pour se chauffer) et le Monde. Allez, pour la bonne bouche, la couverture :
J’ai pris un plaisir nanardesque à cette lecture . On sent bien Fétis pris entre la volonté d’en faire des tonnes et la date de remise du
manuscrit qui devait être très (très) proche… A l'intérieur du bouquin, il y a une dédicace de Fétis (himself) expliquant bien des choses :
La vendeuse tourne enfin les yeux vers moi, comme si je venais d’apparaître, signifiant que mon tour est arrivé. Je pose les livres et
attends. La femme les saisit avec lenteur, pour voir que les quatre livres… et bien… sont bien au nombre de quatre. Ce qui manque au décor me saute alors aux yeux : une caisse enregistreuse.
Une caisse enregistreuse reliée à un lecteur de code barre. Cela me titille. J’ai l’impression d’en avoir toujours vu dans toutes les librairies de la planète Terre. La femme ouvre un grand
cahier, note les titres des livres ainsi que les prix. J’en suis à me demander si l’absence de cet objet facilitant la gestion des stocks et de la comptabilité – donc la vie – doit être
interprétée positivement ou non, qu'elle me donne enfin le résultat de la périlleuse addition. Je tends un billet.
« - Vous n’auriez pas de la monnaie par hasard ? »
« - heu (je trifouille mon portefeuille)…non »
« - Bon, c’est pas grave »
Elle me remet une poignée de féraille après l’avoir sérieusement recompté pendant ce qui m’a semblé être des heures. Elle me tend alors un flyer
noir et rouge : « on reçoit l’auteur vendredi pour une signature, vous viendrez ?".
Un inconnu décidace l’ouvrage qu’il vient d’écrire sur la Commune (la révolte, pas Ivry).
«Ah, je ne sais pas…En tout cas ça a l’air intéressant ». Je le pense réellement, mais je viens de me rappeler que le vendredi ma Moitié et
moi sommes invités à dîner. «Bon, bonne fin de journée et peut être à vendredi ». Je mens.
En rentrant à la maison, je suis pris d’une étrange euphorie. Tant de nonchalance m’a bizarrement plu. Tout content, j'en viens à souhaiter la
mort de la FNAC.
Oui, une autre « Envie de lire » est possible.
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