J'écris un peu comme ça vient, mais bon.
Les faits sont simples : un homme et une femme, tout deux de confession musulmane, se marient. L’homme apprenant le soir de la nuit de noces que sa
promise n’est plus vierge, fait un barouf pas possible auprès des beaux parents et, humilié, demande l’annulation du mariage. Cette «qualité» de vierge étant «essentielle» à ses yeux, il
demande l’annulation du mariage sur ce fondement (si je puis dire). Une fois la décision du TGI de Lille favorable à «l’humilié» devenue publique, la vague médiatique a pu déferler. Et
tout le monde l’a surfée, avec plus ou moins de maîtrise :
- Député PS de Seine St Denis, B. Le Roux, estime la décision « choquante » et demande une modification de la loi «quand une telle
régression est rendue possible par le droit ».
- X. Bertrand : «dire que l'on pourrait annuler un mariage parce qu'une jeune fille aurait menti sur sa virginité, cela semble
insupportable pour tout le monde».
- F. Fillon : «Je ne souhaite pas qu'on puisse faire demain de la virginité un élément constitutif du mariage».
- S. Royal : «ce
jugement est une régression du droit et de la dignité des femmes"[…] "…est par ailleurs contraire à la Convention européenne des droits de l'homme, contraire au principe d'égalité entre les
hommes et les femmes»
- C. Lepage : "Ou bien le gouvernement -et le président de la République, qui ne s'est pas exprimé- estime que la virginité est une
"qualité essentielle" de la femme dans un mariage, faisant sienne une conception religieuse et non républicaine, ou bien il décide de faire appel du jugement et assure le respect de la laïcité
et de l'égalité des femmes".
- R. Dati. : «La justice est là pour protéger les plus vulnérables, les plus modestes, ceux qui sont en difficulté. La justice est
aussi un rempart à la loi du plus fort". «L'annulation de mariage est un moyen de se séparer rapidement", a-t-elle ajouté». (Depuis, Dati a fait machine arrière et demandé à ce que le Parquet
fasse appel vraisemblablement après l'intervention de Sarkozy. Une fois de plus, elle a démontré son inutilité et sa propension à la démagogie agressive).
- Au rayon des «régionales de l’étape» :
Sihem Habchi (Présidente de «Ni putes Ni soumises») a sorti la plus belle connerie selon moi : «une fatwa contre la liberté des femmes» … (no comment !).
Elisabeth Badinter est «ulcérée par la décision du tribunal» […] «la sexualité des femmes était une affaire privée et libre
en France» (Joli hors sujet).
Et voilà. On s’est indigné, on a fait de belles images et on a demandé qu’une loi vienne régler tout cela.
Bref, pas grand monde dans le lanterneau politique n’a jugé utile de faire oeuvre de
nuance. Ceci dit, il faut les comprendre, c’est chiant la nuance. C’est compliqué, on passe mal à la télé, voire pire en cette période ch’tiesque, on risque de passer pour un intello.
Il me semble pourtant que la décision du juge n’est pas incorrecte techniquement. Le mariage est, malgré ce que peuvent bien penser les toxicos
du romantisme défoncés aux dragées roses, un contrat. Un échange de volonté entre deux personnes consentantes sur une chose commune et non viciée. Le type a cru que sa future femme était vierge,
elle le lui a fait croire jusqu’à ce que ce soit impossible. Techniquement, donc, le contrat doit être annulé car une des qualités
essentielles aux yeux du marié est la virginité de la donzelle. Ce qui est bien différent d’une annulation car la fille est
vierge.
Par ailleurs, sauf erreur de ma part, le juge a bien pris en compte la volonté exprimée par les deux parties : c’est bien l’Etat qui fait appel, et non l’ex-mariée. Le juge n’a donc fait que ce que la Loi lui disait de
faire.
Et bien oui, un juge a effectivement décidé que cette affaire ne remettait pas en cause l’ordre public, que cela ne regardait seulement que les
mariés et, à travers eux, tout ce qui les définissait en tant que personne : leur façon de vivre, leurs convictions philosophiques ou religieuses, etc. Que la décision aille dans le sens
d’obscurs abrutis, j’y vois plus une cinglante ironie qu’une quelconque « régression » ou une absurde « fatwa » que devrait corriger un texte de loi pondu dans la hâte
médiatique la plus totale...
Est ce la faute du juge (ou de la Loi) si la fille s’est retrouvée contrainte de mentir à l’insu (ou non) de son plein gré ?
Est ce la faute du juge (ou de la Loi) si quelques abrutis considèrent qu’épouser une non-vierge est humiliant selon une interprétation douteuse
d’un texte religieux (quel qu’il soit) ?
Est ce la faute du juge (ou de la Loi) si cette pauvre fille a décidé d’épouser un blaireau absolu, scotché à des convictions communautaires
merdiques ?
Bien sûr, la réponse à ces questions n’est pas simple, pas aussi simple que les éructations déjà entendues ici et là ne le laissent
supposer. En tout cas, il aurait fallu peut être commencer par répondre à ces questions, avant de flinguer une décision de justice finalement respectueuse de ce que les gens sont (malgré tout) et
non de que ce qu’ils devraient être.
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